
La maison rose à Ras Beyrouth
La maison rose qui domine la colline de Ras Beyrouth a été rachetée l’année dernière par des promoteurs immobiliers. Sous une pluie battante, la structure imposante de l’ancienne bâtisse est reconnaissable de loin, et porte l’empreinte de son ancienne splendeur.
Étroitement associée à la famille El Khazen et plus particulièrement à l’architecte Sami El Khazen, les promoteurs affirment vouloir la rénover, tout en construisant deux grandes tours à côté. Des rumeurs en ville font état de sa transformation en boutique hôtel. Mais il n’est pas du tout sûr que ce soit possible : la maison, construite en 1882, est en effet classée.
La légende veut qu’elle ait d’abord servi de relais de chasse. La dernière habitante de la maison est Fayza El Khazen, sœur de Sami El Khazen, mort d’un cancer à 49 ans.
Cette maison est réellement celle de Sami. C’est lui qui a repéré son charme et son emplacement exceptionnel, bien que ce ne soit pas un palais ; il a poussé mes parents à y habiter. Il l’a décorée, arrangée et y a vécu. Ma mère et lui en ont fait un espace ouvert, où les artistes de tous bords se retrouvaient.

Fayza El Khazen dans sa chambre à coucher
Après la mort de son frère, Fayza est revenue s’installer dans la maison rose pour s’occuper de sa mère malade. Elle a essayé de refaire vivre la maison en y créant une maison d’édition, « Terre du Liban ».
Notre premier ouvrage a été la réédition de « La Mission de Phoenicie », d’Ernest Renan, qui n’existait qu’à 800 exemplaires.
La maison devient à nouveau un lieu de rencontre, de culture et littérature, bien qu’elle se détériore par manque de fonds: balcons effondrés, fuites d’eau, problèmes d’étanchéité et courants d’air…
Parfois un voisin généreux repeignait la façade, à l’entrée, en rose.
Avec la mort de sa mère il y a un an, Fayza El Khazen a reçu ordre de quitter la maison dans les plus brefs délais. Les voisins se sont mobilisés pour l’aider, mais ce n’était pas suffisant. Un procès est en cours, concernant notamment le délai d’expulsion. Mais Fayza prépare déjà sa vie d’après:
J’ai besoin de liberté, de légèreté, trop de fantômes habitent cette maison, j’ai trois projets d’édition qui me tiennent à cœur.
Article réalisé par: Marie-José Daoud, Marisol Rifai et Micheline Tobia
Photos: Marisol Rifai



